Faut-il envoyer ses enfants à la ferme pour leur éviter les allergies ?

Et si l’air pur, les bottes crottées et les meuglements matinaux étaient le nouveau luxe sanitaire ? Un retour aux bottes et aux tracteurs pourrait bien avoir plus d’effet qu’un abonnement à la salle ou une cure de probiotiques hors de prix. Les fermes sont-elles le dernier bastion d’immunité naturelle pour les enfants ?

Rédigé par , le 1 Apr 2025, à 9 h 05 min
Faut-il envoyer ses enfants à la ferme pour leur éviter les allergies ?
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Alors que les villes s’étendent, que les antibiotiques s’invitent dans chaque rhume et que le gel hydroalcoolique coule à flot dans les cartables, une évidence revient comme un vieux dicton de grand-mère : « Laissez-les jouer dans la boue ! ». Derrière cette formule un peu rustique, se cache un constat scientifique de plus en plus étayé, grandir à la ferme, c’est se forger une immunité en béton armé.

La ferme, ce réservoir d’anticorps naturels

La campagne ne se contente pas d’enseigner aux enfants à traire une vache. Elle leur insuffle une palette microbienne d’une richesse inégalée, capable d’éduquer leur système immunitaire avec plus d’efficacité que n’importe quel traitement préventif vendu en pharmacie. Dans The Conversation, Dominique Angèle Vuitton, professeure émérite d’immunologie clinique, l’affirme sans détour : « Être élevé à la ferme favorise l’exposition à une diversité de microorganismes, ce qui se révèle bénéfique pour la maturation du microbiote intestinal du jeune enfant et pourrait aider à prévenir certaines allergies ».

Cette éducation immunitaire, façonnée par le contact avec les animaux, la terre, les poussières de grange et les effluves de foin, s’avère précieuse dès les premiers jours de vie. Le foetus lui-même, bien avant son premier cri, bénéficierait déjà des expositions environnementales de sa mère, dont le microbiote intestinal et cutané joue un rôle de passeur invisible. Ce sont ainsi des générations entières de paysans, et leurs enfants, qui auraient cultivé sans le savoir une immunité transgénérationnelle, bien plus sophistiquée que tous les vaccins combinés à la propreté chimique des maternités urbaines. La ferme n’est donc pas simplement un lieu de vie, c’est un réservoir d’anticorps naturels, un laboratoire d’interactions bénéfiques dont nos villes nous ont tristement coupés.

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De la vache au microbiote, quand le rural protège les bronches

Les chiffres sont sans appel. Dans les années 1940, moins de 5 % des enfants européens souffraient de maladies allergiques. Ce taux atteint aujourd’hui 40 % dans certaines zones urbaines. Et ce n’est pas la pollution seule qui est en cause. L’étude européenne Pasture, menée sur 1 000 enfants entre l’Allemagne, l’Autriche, la Finlande, la France et la Suisse pendant 18 ans, a confirmé un fait perturbant pour nos modes de vie modernes, les enfants vivant dans une ferme sont largement moins sujets aux allergies. Leurs mères aussi, lorsqu’elles ont été exposées elles-mêmes à cet environnement rural pendant leur grossesse.

Mieux encore, le lait cru, honni par les réglementations sanitaires, se révèle être un allié inattendu de l’immunité infantile. Selon l’étude, sa consommation est associée à une réduction importante des infections dans la première année de vie. « Les enfants qui avaient consommé du lait cru pendant leur petite enfance, et dont les mères avaient consommé du lait cru pendant leur grossesse, étaient aussi « protégés » contre l’apparition de maladies allergiques, qu’ils vivent ou non à la ferme », peut-on lire dans The Conversaticonverson.

immunitaires des enfants.

Le lait cru, souvent critiqué pour ses risques sanitaires, pourrait en réalité renforcer les défenses immunitaires des enfants.

Un débat qui mêle tradition, science et santé publique.
Longtemps pointé du doigt par les autorités sanitaires en raison des dangers potentiels liés aux bactéries pathogènes, le lait non pasteurisé suscite aujourd’hui un regain d’intérêt. Des études récentes suggèrent que sa consommation, sous contrôle strict, pourrait stimuler le microbiote intestinal et réduire les risques d’allergies et d’asthme chez les jeunes enfants.

La propreté rendrait-elle malade ?

Le postulat pourrait sembler paradoxal, mais il est validé par plusieurs publications médicales. Une exposition réduite aux micro-organismes pendant l’enfance augmente la sensibilité aux maladies atopiques. C’est ce que propose l’hypothèse hygiéniste, théorisée dès les années 1990 par l’allergologue David Strachan (Thorax, BMJ). Et si les enfants des villes étaient allergiques non pas à cause de ce à quoi ils sont exposés, mais à cause de ce à quoi ils ne le sont plus ? C’est la perte du contact avec la diversité microbienne, celle des sols, des animaux, de l’air de la grange, qui semble entraîner un déséquilibre du microbiote et une dérive du système immunitaire. Selon une analyse publiée par PourquoiDocteur, « les enfants vivant à la ferme développent une tolérance plus efficace aux allergènes comme les acariens, grâce à une interaction précoce entre les bactéries de la poussière rurale et les muqueuses respiratoires ».

L’effet protecteur ne s’arrête pas à l’environnement. Il s’étend à l’alimentation. Beurre, yoghourts, fromages au lait cru, ces produits artisanaux regorgent de souches bactériennes utiles. Le Livre blanc sur la consommation de fromages souligne que ces aliments restent, dans notre alimentation de plus en plus stérilisée, les principales sources de biodiversité microbienne. Mais là encore, les recommandations des autorités sanitaires sont à prendre en compte. En France, le ministère de l’Agriculture déconseille la consommation de lait cru aux enfants de moins de 5 ans, aux femmes enceintes et aux personnes immunodéprimées.

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Rédactrice dans la finance, l'économie depuis 2010 et l'environnement. Après un Master en Journalisme, Stéphanie écrit pour plusieurs sites dont Economie...

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