À chercher à toute force et dans l’urgence de nouvelles réponses pour développer une filière du livre durable, certains acteurs de l’édition risquent de s’engager dans des choix qui méritent tout de même un peu plus de réflexion.
Impression à la demande : le choix de l’encre et du papier pose question
Si le secteur connait bien des problématiques liées à la surproduction, au pilonnage, ou à la surconsommation des ressources naturelles, il convient toutefois de questionner correctement les solutions proposées. En effet, de nombreux paramètres entrent en jeu pour établir le caractère durable ou non de chaque méthode proposée. Et en la matière, les approximations sont nombreuses.
Publié en septembre, le rapport du BASIC (Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne) « Un livre français, évolutions et impacts de l’édition en France », en est un exemple récent. Ce rapport, réalisé avec le soutien de la Fondation Charles Leopold Mayer pour le Progrès de l’Homme met en lumière le manque de traçabilité de la matière première et les enjeux liés au gaspillage ou au recyclage, dans l’édition et l’impression traditionnelle.
Tous les constats faits sont exacts, mais c’est au niveau des propositions que le rapport pèche, puisque parmi les solutions alternatives, il préconise l’utilisation de l’impression à la demande. Certes l’impression à la demande permet d’affiner considérablement la gestion des stocks et de limiter drastiquement les gaspillages.
Mais côté traçabilité de la matière première et recyclage, l’impression à la demande n’est pas meilleure que les autres techniques d’impression. Dans certains cas, elles posent même des problèmes nouveaux, voire amplifient certains phénomènes problématiques.
Le papier et l’encre
Si l’on souhaite promouvoir l’impression à la demande, il faut examiner toutes les étapes de la production du livre, à commencer par l’impression et les impacts de l’utilisation de l’encre. Tout d’abord, imprimer à la demande ne garantit en rien que le papier provient de filières durables. Cela reste un choix de celui qui imprime, sachant qu’il est encore impossible à l’heure actuelle de faire la différence entre un papier « durable » et un autre, hormis les labels apposés.
La souplesse exigée du système (qui doit pouvoir être installé dans n’importe quelle librairie dans l’idéal) disqualifie les lourds dispositifs d’impression offset, de toute façon non rentable pour les très faibles volumes.
L’impression à la demande repose donc sur des technologies d’impression grand public, soit laser, soit jet d’encre. Les deux procédés font appel à des encres spécifiques, des produits chimiques qui compliquent le recyclage du papier qu’il faut « dépolluer » en premier lieu. Ce choix n’est donc pas sans répercussion sur l’impact écologique de cette pratique.
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Comme toujours, critiquer le coté vide du verre semble préférable à certains qui refusent aveuglément de considérer l’intérêt du coté plein.
À ce train, même la diffusion numérique y trouverait à redire.